Histoire des civilisations européennes

La chute des Mérovingiens

Le règne de Dagobert (632 - 639) fut l'une des apogées de la civilisation mérovingienne.

Dagobert est d'ailleurs avec Clovis et Charlemagne l'un des monarques que l'histoire a retenu dans la galerie des rois du haut Moyen-Âge. Les moines de Saint Denis ont beaucoup écrit à son sujet, et l'ont transformé en héros de légende en signe de remerciement pour les dons et faveurs qu'il a accordé à l'Eglise (à l'inverse, la Révolution en fera un "bouffon"). Après avoir été nommé par son père Clotaire II roi d'Austrasie en 623, Dagobert règne sur le royaume unifié après la mort de son père et de son frère Charibert en 632 (dont il fait assassiner le fils pour éviter un nouveau partage). Il parvient à restaurer en partie l'autorité royale et à maintenir l'unité du royaume :

  • il initialise des voyages "politiques" en Neustrie et en Bourgogne (nouveau nom de la Burgondie),
  • il défend son territoire contre les Saxons, les Bretons et les Gascons,
  • il n'hésite pas à exiler ou exécuter tous ceux qui s'opposent à lui,
  • il assure par passion du luxe la promotion de la culture et de l'orfèvrerie : la légende rapporte qu'il se serait fait fabriquer un trône en or massif !

Contrairement au climat froid et humide de la fin du VIème siècle qui avait généré des famines et favorisé de nombreuses épidémies (peste et dysenterie), le début du VIIème siècle connaît un temps plus clément permettant un accroissement de la production céréalière corroboré par une accélération du défrichement.

Mort de Dagobert

A la mort de Dagobert en 639, l'unité du royaume sous l'autorité d'un monarque mérovingien est définitivement de l'histoire ancienne. Le territoire est à nouveau partagé entre ses deux fils :

  • Sigebert III qui a 9 ans et hérite de l'Austrasie et de l'Aquitaine,
  • Clovis II qui n'a que 4 ans et hérite de la Neustrie et de la Bourgogne.

C'est à partir de cette période que la décadence de la dynastie mérovingienne commence et que le pouvoir effectif passe entre les mains des Maires du Palais (sortes de 1er Ministre), issus de riches familles aristocratiques. Saint Eloi entre dans les ordres et devient évêque : son ami Saint Ouen lui consacrera un ouvrage "Vie de Saint Eloi" qui sera une source d'information riche sur cette époque.

Dagobert 1er
Dagobert 1er

Le début des rois fainéants

Les rois succédant à Dagobert Ier sont connus sous le nom de "rois fainéants" : durant le dernier siècle de la dynastie mérovingienne (de 639 à 751), le pouvoir va être exercé par les Maires du Palais qui ne laissent aux rois que l'apparence du pouvoir. Si le nom de ces rois n'apparaissaient pas au bas de certains documents officiels, on ne saurait pratiquement rien de ces derniers, dont l'espérance de vie était d'ailleurs extrêmement courte. Les richesses de la monarchie mérovingienne ont cessé de croître par le concours de divers facteurs :

  • absence de victoires militaires, privant le royaume des tributs et butins habituellement acquis,
  • diminution des domaines du fisc à cause de donations pour acheter certains dévouements,
  • absence de budget due à l'incapacité à faire rentrer les impôts et taxes suite à des révoltes et aux détournements ou usurpations des fonctionnaires qui en ont la charge.

Ainsi, les descendants de Dagobert étaient contraints de dilapider les richesses acquises pour acheter la reconnaissance et la fidélité de leurs hommes. C'est donc privé du renouvellement des richesses que le pouvoir s'affaiblit, à la faveur de riches familles aristocratiques : c'est dans ce contexte que les Pippinides, ancêtres de la future dynastie des Carolingiens, prirent une place des plus importantes. On constate durant cette période une évolution fondamentale de la fonction de Maire du Palais : à l'origine simple intendant du Palais, il sont devenus chefs de l'administration en nommant les comtes et les ducs, en agréant les évêques, en correspondant avec les cours étrangères et en décidant de la guerre et de la paix.

 Gisant de Charles Martel à la basilique de St Denis
Gisant de Charles Martel à la basilique de St Denis

Affirmation de la famille des Pippinides

De 639 à 751, la famille des Pippinides ne va cesser de porter son empreinte sur l'anarchie de la monarchie mérovingienne : elle va progressivement concentrer entre ses mains les réels pouvoirs et se montrera capable de résister aux dangers tant intérieurs qu'extérieurs. Elle remplacera à partir de 751 la dynastie des mérovingiens et donnera naissance à la dynastie des "carolingiens". Les membres influents de cette famille seront successivement :

  • Pépin de Landen : il a été l'un des conseillers de Dagobert (dernier mérovingien ayant réellement du pouvoir) avant d'être écarté pour calmer ses prétentions. Il redevient Maire du Palais d'Austrasie en 639 à la demande de la régente du royaume (les fils de Dagobert sont trop jeunes pour régner) et en profite pour prendre possession de la moitié du trésor royal !
  • Grimoald : fils de Pépin de Landen, il est initialement écarté de la Mairie du Palais d'Austrasie (comme son père, ses ardeurs effraient la monarchie). Il parvient toutefois à ses fins après avoir gagné la confiance du roi Sigebert III (fils de Dagobert) et fait assassiner Otton qui occupe la fonction convoitée. Pour asseoir son propre fils sur le trône, il imagine un plan d'une audace extrême : à la mort de Clovis II en 657, il fait adopter son fils par le roi Sigebert III (il va même jusqu'à se permettre de le faire baptiser du nom royal de Childebert !). Afin d'écarter le descendant légitime de Sigebert III au profit de son fils, Grimoald le fait tonsurer et enfermer dans un couvent. Cette usurpation va générer des protestations chez les austrasiens : Grimoald et son fils seront assassinés en 662.
  • Pépin de Herstal (ou Pépin II) : environ 10 ans après l'assassinat de son oncle Grimoald, Pépin de Herstal s'impose en qualité de Maire du Palais d'Austrasie : sa puissance militaire et politique font de lui un homme incontournable. En 687 et après avoir essuyé 2 échecs, il s'empare à l'issue de la bataille de Tertry de la Mairie du Palais de Neustrie : les Pippinides s'affirment désormais comme maîtres incontestés de tout le royaume du Nord (Neustrie et Austrasie). Il meurt en 714.
  • Charles Martel : la mort de son père Pépin de Herstal et la désastreuse régence de sa femme Plectrude vont inciter la Neustrie à se soulever contre les austrasiens. Sur le point d'être battue, l'Austrasie est sauvée in extremis par un des fils de Pépin de Herstal, Charles Martel, qui s'évade après avoir été emprisonné par Plectrude qui se méfiait de son ambition et souhaitait transmettre le pouvoir à ses fils naturels. Charles Martel parviendra en quelques années à rétablir l'autorité des Pippinides.


La bataille de Poitiers, par Charles STEUBEN
La bataille de Poitiers, par Charles STEUBEN

Charles Martel va s'affirmer en arrêtant les Arabes en 732

En pleine guerre sainte, les califes arabes contrôlent un territoire considérable (grande partie du Proche Orient, Afrique du Nord, Inde, Espagne). Aidés des berbères, ils conquièrent Narbonne en 719, Carcassonne et Nîmes en 725 et remonteront la vallée du Rhône en 726. Charles Martel mettra fin à leur progression en 732 près de Poitiers (à Moussais-la-Bataille dans la Vienne) : la cavalerie lourde mérovingienne (ancêtre des chevaliers) écrase la cavalerie légère des sarrasins. Il doit d'ailleurs son surnom de "Martel" à ses prouesses lors de ce combat. Pour prouver l'inutilité des rois mérovingiens, il laisse le trône vacant après la mort de Thierry IV en 737 (tous les documents officiels seront daté de 737 pendant les 7 années de vacance !). Il meurt en 741 et est enseveli dans la Basilique Saint Denis comme un monarque : ses fils Pépin le Bref et Carloman lui succèdent. La famille des Pippinides (Pépin de Landen, Grimoald, Pépin de Herstal, Charles Martel) aura ainsi occupé le pouvoir à la place d'une dynastie mérovingienne effacée pendant un siècle.

Pépin le Bref. Amiel, XIXe siècle.
Pépin le Bref. Amiel, XIXe siècle.

Prise de pouvoir de Pépin le Bref, premier carolingien

Pépin le Bref (ou Pépin III), qui doit son surnom à sa petite taille, prend ses fonctions de Maire des palais d'Austrasie et de Neustrie en 747 après que son frère Carloman renonce au pouvoir pour devenir moine. C'est avec l'aval du Pape Zacharie qu'il dépose le dernier roi mérovingien Childéric III : il le fait tonsurer en 751 (la longue chevelure était alors un signe de royauté) avant de le faire enfermer dans un monastère. Childéric III est ainsi le dernier roi mérovingien, et meurt en 755, mettant fin à la 1ère dynastie des rois de France. Pépin le Bref est élu roi en 751 par l'assemblée des francs et sera sacré à Saint Denis par Saint Boniface, mettant définitivement fin à la dynastie des mérovingiens et donnant naissance à la dynastie des carolingiens qui perdurera jusqu'en 987.

Naissance de la dynastie des carolingiens

Ainsi, la famille des Pippinides (Grimoald, Pépin de Herstal, Charles Martel puis Pépin de Bref) aura durant 110 ans occupé le pouvoir à la place d'une dynastie mérovingienne effacée. Pépin le Bref est proclamé officiellement roi en 751 et sera sacré à Saint Denis en 754 avec l'aval du Pape Zacharie. Ainsi naît la dynastie des carolingiens, qui perdurera jusqu'en 987, avec notamment Charlemagne, fils de Pépin le Bref.