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L'ombre de Carthage |
L'empire Carthaginois
Dans toutes les cités classiques, dans tous les ports actifs, les marchands carthaginois faisaient partie du paysage. Troquant, achetant et vendant, ils édifiaient la richesse de leur cité d'origine, Carthage, une métropole prospère qui dominait les côtes d'Afrique du Nord.
Carthage fut un des nombreux avant-postes fondé par les Phéniciens, aventuriers qui venaient du Liban et que l'on connaît surtout comme créateurs de l'alphabet. Une légende raconte comment la princesse Didon s'enfuit de la cour de son frère Pygmalion, roi de Tyr, avec des bateaux et un trésor pour fonder une cité.
La jeune Carthage était favorisée par un mouillage sûr et une pêche abondante. La population active qui prospérait dans la région fut finalement remarquée grâce à l'excellence de ses artisans.
Cette richesse aida Carthage à étendre son influence sur les régions avoisinantes à une période où Rome n'avait pas encore de territoires outre-mer. Certains de ses fils furent de remarquables explorateurs, Hannon, par exemple, qui a colonisé le Maroc au cours du Ve siècle av. J.-C. A son apogée, l'Empire carthaginois comprenait la côte nord de l'Afrique, la Corse, la Sardaigne, environ la moitié de la Sicile et la moitié méridionale de l'Espagne actuelle.
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Reconstitution de la Carthage punique. Au premier plan, le port circulaire destiné aux navires de guerre (170 galères environ).
A gauche, le port de commerce. |
Son influence s'étendait encore plus loin grâce aux liens qu'elle entretenait avec sa cité mère méditerranéenne de Tyr à l'est, et au nord et à l'ouest jusqu'aux côtes de la Cornouailles en Angleterre.
Les Carthaginois étaient avant tout des commerçants qui cherchaient à tirer profit de leurs transactions. Ce respect inhérent pour l'argent se retrouvait dans leur système de gouvernement. L'achat et la corruption du pouvoir étaient de norme. Les Romains, eux, étaient plus préoccupés par des notions de noblesse vertueuse.
Les Romains, eux, étaient plus préoccupés par des notions de noblesse vertueuse. Les postes élevés dans le gouvernement allaient aux candidats les plus méritants ou les plus populaires. A Rome, les marchands et les commerçants étaient considérés comme peu recommandables, et les Carthaginois faisaient partie du lot.
Il existait aussi des différences religieuses. On disait que les Carthaginois apaisaient leurs dieux avec la chair d'enfants récemment sacrifiés, mais on ne sait rien de la fréquence de telles pratiques. Carthage n'était d'ailleurs pas la seule culture de l'époque à se livrer à de telles cruautés, mais les Romains, quoique aussi très superstitieux, étaient moins brutaux devant leurs divinités.
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| Carthage en 1900. Les ports puniques vus de Byrsa. © Collection Bertrand Bouret. |
L'approche du conflit
Rome et Carthage avaient vécu en bonne intelligence pendant de nombreuses années, avant que ne se déclarent les hostilités. Les Romains appelaient les Carthaginois Poeni, rappelant ainsi leurs racines phéniciennes, d'où l'origine du mot "punique". La guerre entre ces deux puissances ne parut jamais inévitable, car la diplomatie et la négociation avaient su éviter des conflits sanglants ou infléchir ceux qui étaient en cours. Mais l'ambition romaine était démesurée.
L'histoire raconte en détails ces hostilités, grâce au travail de Polybe (vers 200-120 av. J-C), un Grec capturé par les Romains durant la conquête de la Macédoine en 168 av. J.-C, qui, entré au service de l'influente famille des Scipions, devint leur ami.
Bien que Polybe se fût appuyé sur ouï-dire pour les deux premières guerres puniques, il était bien informé et fut témoin du sac final de Carthage. Ses récits figurent dans son Histoire, constituée de quarante volumes dont seuls cinq ont survécu. Impressionné par l'efficacité des méthodes des Romains, il reste cependant relativement impartial. Ses observations, intégrées à d'autres récits aussi bien qu'à des recherches modernes, donnent une vision compréhensible de guerres qui se sont déroulées il y a plus de deux mille ans.
Carthage s'intéressait principalement au commerce et Rome, dont la richesse ne cessait de croître, était une des grandes attractions. Le Troisième Traité, signé entre Rome et Carthage en 306 av. J.-C, impliquait une politique de soutien mutuel et garantissait l'exclusion de Rome de la sphère sicilienne. Mais une querelle mesquine au sujet de la Sicile ouvrit les hostilités.
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