Histoire des civilisations européennes

L'hellade et Rome

L'Hellade

Durant des siècles, les Romains ont pensé que les guerres qu'ils menaient n'étaient pas motivées par l'avidité. La Confédération des États italiens se présentait comme une énergie civilisatrice plutôt qu'une force conquérante pour le profit. Les Romains n'aimaient pas anéantir leurs ennemis. Toutefois, après les Première et Deuxième Guerres puniques, le caractère national changea. Les incursions en territoire étranger s'étant révélées fructueuses, un nouvel âge se leva pour la République : les acquisitions territoriales devenaient un objectif prioritaire.

À la fin des guerres puniques, des soldats romains furent postés dans les pays soumis : Espagne, Afrique du Nord, Sicile, Sardaigne, Corse, lllyrie et Macédoine. Cet empire s'était constitué sans qu'il eût été besoin d'exercer un impérialisme trop évident. Car Rome, souvent sur la défensive, avait peu à peu acquis ces immenses territoires.

Les nouvelles possessions étrangères obligeaient Rome à entretenir et contrôler les réseaux de routes qui approvisionnaient ses légions basées à l'étranger. En cas de victoire, la récompense du soldat romain représentait la gloire d'un triomphe avec parade officielle, l'honneur et surtout de gros profils de guerre, officiellement distribués par le consul mais qui avaient été, en réalité, amassés en cours de route.

Plus Rome remportait de succès, plus il était facile d'intégrer des royaumes extérieurs à l'Empire par des accords qui servaient les intérêts de Rome. Finalement, tout le bassin méditerranéen n'était plus constitué que par des dépendances de Rome. Mais cette domination n'allait pas sans quelques aménagements. Rome avait gagné la guerre engagée contre la Grèce, mais la Grèce avait pratiquement gagné la paix. La culture grecque imprégna tous les aspects de la vie romaine. Comme l'a dit le poète Horace: "la Grèce conquise conquit à son tour l'inculte vainqueur et introduisit les arts dans l'inculte latium.".
Atntiochos III
Atntiochos III

L'annexion DE LA GRÈCE



Les événements de la Deuxième Guerre punique entraînèrent de fâcheuses conséquences lorsque Philippe V de Macédoine voulut profiter de la faiblesse de Rome après la défaite de Cannes. Les Romains refusèrent d'ignorer plus longtemps la situation au-delà de l'Adriatique et ce fut la fin de l'indépendance grecque.

Lorsque Carthage fut vaincue pour la seconde fois en 201 av. J.-C, les Grecs ne furent pas mécontents de voir un ancien ennemi humilié. Rome avait déjà gagné la confiance des cités-États grecques de l'Italie. Ce sentiment était sensible sur tout le continent égéen. Le fait que la Macédoine ait soutenu les Carthaginois donnait aux Grecs une autre raison de se réjouir : depuis l'époque de Philippe II et d'Alexandre le Grand et, durant plus de deux cents ans, la Macédoine avait opprimé les Grecs d'Etolie et d'Achaïe.

De son côté, Rome n'avait pas l'intention d'entrer en guerre contre la Grèce. En effet, elle contrôlait déjà une région côtière de l'Adriatique, annexée à la suite de brèves campagnes (les Première et Seconde Guerres d'Illyrie de 229-228 et de 221-219). Mais ces annexions avaient éveillé la méfiance de Philippe et entraîné son alliance avec Carthage en 215. Pour répondre à cette menace, Rome s'allia aux Grecs d'Etolie en 211, ce qui privait Philippe de certaines forces.

Ce premier conflit de Macédoine reposa en partie sur l'effort de guerre des Etoliens qui firent la paix avec Philippe en 206. Lorsque Carthage fut battue, Rome se tourna vers la Grèce en 200, et la Deuxième Guerre de Macédoine débuta. Durant deux ans, l'issue du combat fut incertaine, bien que le général romain Titus Quinctius Flamininus sortît victorieux sur le plan diplomatique. Il avait rallié les Grecs contre la Macédoine avec un slogan prometteur: "la Grèce aux Grecs". Les forces de Philippe ayant été battues à Cynoscéphales en 197 av. J.-C, Flaminius promit de retirer toutes les troupes romaines des territoires grecs, ce qui fut fait en 194.

Les Romains revinrent en Grèce six ans plus tard, pour en chasser le roi séleucide Antiochos III. Ayant envahi Thrace en 196, Antiochos fut sollicité par les Etoliens pour les libérer de la présence romaine (Rome les avait empêchés de réoccuper des territoires libérés par Philippe). Les légions démontrèrent leur puissance lorsqu'elles mirent en déroute les forces séleucides aux Thermopyles, emplacement sacré pour les Grecs en souvenir de la résistance héroïque des Hoplite durant la guerre contre les Perses en -480. Les Romains envahirent l'Asie Mineure sous le commandement de Lucius Scipio (frère de Scipion l'Africain). Il vainquit Antiochos en bataille rangée à Magnésie en 190.
l'empire romain en l'an 100 avant J.C.

Après une brève campagne en Galicie l'année suivante, Rome se retira d'Asie Mineure et de Grèce. Vingt ans s'écoulèrent avant qu'une nouvelle intervention au-delà de l'Adriatique se révèle nécessaire, en 171. La Macédoine était de nouveau en cause. Elle était à présent sous le règne de Persée, qui avait succédé à son père Philippe en 179. Après quelques succès, Persée dut renoncer à ses espoirs d'un renouveau macédonien en 168, lorsqu'il lui fut battu à Pydna. Rome divisa la Macédoine en quatre Etats dont elle confia le gouvernement à des dirigeants fantoches. De nombreux aristocrates furent emmenés en captivité, d'autres furent réduits en esclavage.

Malgré la domination de la lointaine Rome, la Grèce continuait à bénéficier d'une certaine indépendance, mais les cités-Etats étoliennes et achéennes commençaient à s'agiter. Le malaise grec s'aggrava en 150, lorsqu'une armée romaine gagna la Macédoine pour réprimer un soulèvement. La présence romaine devint permanente, et la région fut réduite à l'état de province romaine.

Alarmées, les cités-États grecques de la ligue Achéenne déclarèrent la guerre à Rome. Cette déclaration tombait mal : les hostilités s'ouvraient à un moment où Rome était à nouveau en guerre contre Carthage. Sous le commandement de Lucius Mummius, les légions ne firent pas de quartier et écrasèrent les villes grecques les plus agitées. On se souvient de la façon dont Mummius traita Corinthe en 146 qui, comme Carthage la même année, fut rasée et tous ses habitants furent massacrés pour donner un exemple efficace et durable.

La Grèce se trouvait maintenant quasiment réduite à l'état de province de l'Empire romain. Mais, ironie du sort, son influence sur les affaires de Rome ne faisait que croître.